Peut-être l’ignorez-vous, mais depuis sa création en 1950, notre association a changé quatre fois de nom au gré de l’évolution de la médecine vétérinaire des petits animaux et de la société québécoise. Bien que nous soyons tous très attachés à notre Académie, il était devenu évident, depuis le début de ce siècle, que son nom ne reflétait plus ce que nous sommes réellement devenus : une association de médecins vétérinaires et non pas une académie de médecine vétérinaire.

Pour mieux comprendre comment notre association a été créée et de quelle manière elle a évolué jusqu’à aujourd’hui, je vous présente un nouveau portrait mis à jour de l’histoire de l’AMVQ en pratique des petits animaux, telle que l’ai redécouverte après quelques mois de recherche dans nos archives et quelques entrevues glanées au fil des années.
 

C’est le début d’un temps nouveau!


 
Nous sommes en 1947. La Deuxième Guerre mondiale vient à peine de se terminer. Malgré son héritage de plaies à soigner, un vent d’optimisme et de changement souffle sur l’Amérique. L’élite de la société canadienne-française, qui sera, une décennie plus tard, le moteur de la Révolution tranquille, tente peu à peu de faire sa place et de se prouver à elle-même qu’elle peut réussir et s’affranchir de la religion. Et c’est exactement ce qui se passe en médecine vétérinaire. En effet, cette année-là, l’École de médecine vétérinaire qui, depuis 20 ans survivait de peine et de misère chez les frères trappistes d’Oka, déménage à Saint-Hyacinthe. Bien sûr, les anciennes baraques militaires ne sont guère mieux que la vieille clinique des moines, mais l’espoir d’une nouvelle approche plus dynamique de la médecine vétérinaire est maintenant permis.
 
L’enseignement de la médecine vétérinaire qui a été créé au 19e siècle, avant tout pour soigner les chevaux, vit une grande période de transformation. Elle a l’obligation de s’ajuster à sa nouvelle clientèle qui est principalement l’industrie laitière. Si le gouvernement de Duplessis investit dans l’enseignement vétérinaire, c’est surtout pour prendre soin des vaches! Qu’on se le tienne pour dit!
 
Malgré tout, à Montréal, quelques vétérinaires, presque tous anglophones et formés en Ontario, s’obstinent à vouloir prodiguer des soins aux chiens; une hérésie dans l’esprit des dirigeants de l’École vétérinaire.
 
Même le Dr James Farquharson, président de l’American Medical Veterinary Association, l’a déclaré lors d’une conférence donnée au 22e congrès du Collège des médecins vétérinaires du Québec en 1946 : « Beaucoup trop de nos gradués se dirigent vers cette branche parce qu’elle leur semble une manière plus facile de gagner leur vie. Si cela continue, les petits animaux seront un champ d’action sursaturé. (…) Il y en a même qui vendent de la nourriture à chien et d’autres patentes. Ceci n’est pas au niveau de notre dignité professionnelle. »

Malgré tout, le Dr Jacques Fradette, diplômé en 1949 de Saint-Hyacinthe, songe  à suivre cette voie. Le Dr Gustave Labelle, directeur de l’École, apprenant la nouvelle, le fait venir dans son bureau : « Si tu penses que le gouvernement du Québec a payé tes études pour que tu ailles soigner les caniches des riches anglaises, tu te trompes! »  Intimidé par cette sortie, le Dr Fradette prend la direction du Service de la santé de la Ville de Montréal.
 
Le premier médecin vétérinaire diplômé de Saint-Hyacinthe à avoir véritablement tenté sa chance dans la médecine des chiens et de quelques chats, est le Dr Lucien Desmarais en 1950. Bien décidé à œuvrer dans ce secteur, il fonde l’Hôpital vétérinaire du Nord à même son domicile situé rue Lajeunesse à Montréal. En cela, il va, lui aussi, à l’encontre des recommandations de ses professeurs, Maurice Panisset et Louis-de-Gonzague Gélinas qui affirment que le marché de Montréal est saturé puisqu’il y a déjà neuf cliniques ou hôpitaux pour petits animaux. « Il n’y a plus de place pour d’autres vétérinaires. Tu ne pourras jamais gagner ta vie honorablement. »  On comprend que les quatorze confrères de classe du Dr Desmarais préfèrent opter pour d’autres secteurs. En fait, il faut attendre encore trois ans avant qu’un autre vétérinaire s’y aventure!
 
Pour vous dire comment il était hasardeux de vouloir soigner des chiens et des chats à cette époque, pendant toutes les années 50, seulement 12 médecins vétérinaires se dirigeront vers ce champ de pratique, soit à peine 6 % de tous les diplômés.
 
Il est vrai que la clientèle, surtout canadienne-française, n’est pas vraiment encline à débourser de l’argent pour apporter des soins à leurs animaux de compagnie. Ce qui n’est pas le cas avec les Canadiens anglais qui, depuis déjà quelques décennies, ont déjà adopté les « pets » comme membres de la famille.
 
C’est ce qu’a compris le Dr James Langill, diplômé de Guelph, lorsqu’il arrive à Montréal pour fonder la Clinique vétérinaire Liesse en 1950. C’est d’ailleurs à lui et à un autre de ses confrères de classe, le Dr Malcom Baker (fils et petit-fils de vétérinaire), que nous devons la création, la même année, de la Lower Canada Veterinary Society. Malheureusement, à ce jour, nous ne possédons que très peu d’informations sur ce regroupement qui fut actif pendant la première partie de la décennie et qui n’était pas officiellement enregistré. Nous savons toutefois qu’un autre confrère vétérinaire diplômé de Toronto en 1942, le Dr J.-B. Leatherdale, installé boulevard Décarie, ainsi que le Dr Cyril Arscott, participaient occasionnellement à des rencontres d’échanges sur les soins aux chiens, mais aussi aux chevaux et aux bovins. Tout se passait évidemment en anglais.
 
Par ailleurs, en Ontario, au printemps de 1951, un noyau de médecins vétérinaires intéressés à la pratique des petits animaux fonde la Toronto Academy of Veterinary Medicine. Une association qui va rapidement influencer le groupe de Montréal avec qui ils ont de bons contacts.
 
Malgré la réticence de la direction de Saint-Hyacinthe, il devient évident que la médecine des petits animaux, même à petite échelle, ne peut plus être ignorée. Et c’est sous l’impulsion du Dr Jean Flipo (Mon 49) que cet enseignement fera sa niche à l’École vétérinaire au cours des années 50. Monsieur « petits animaux » enseigne tout ou presque : médecine, radiologie, anesthésie, dermatologie, pharmacologie, chirurgie générale, orthopédie et il trouve encore le temps de signer une collaboration au prestigieux Canine Surgery 1st Archibald Edition. Seul ou à la tête d’une équipe de deux, il conduit les étudiants avec une passion et imagination dans une discipline peu reconnue! Grâce à lui, la médecine des animaux de compagnie sera prise au sérieux dans les deux prochaines décennies.
 
Durant ce temps, à Montréal, s’organise un noyau de jeunes et dynamiques vétérinaires francophones qui désirent changer les choses : les Drs Lucien Desmarais, Sylvio Jasmin (Oka 38) (une autre institution dont nous reparlerons), Pierre Larue (Mon 53), Jacques Fradette, qui se joindra à eux en 1953, Jean-Robert Théoret (Mon 54), Guy Ouellet (Mon 57) et Bernard Pillet (Mon 57). C’est à eux que nous devons la naissance d’une véritable pratique de la médecine des petits animaux en français au Québec.
 

Les années 60

Il est donc décidé, en 1959, sur ce seul critère, de choisir le nom d’Académie de médecine vétérinaire de Montréal. Un nom qui place ses membres en tête de liste de l’annuaire téléphonique et qui a du prestige. Après tout, les vétérinaires français avaient bien créé, 25 ans plus tôt, l’Académie vétérinaire de France! À noter que pour faire plaisir à sa faction anglaise, l’association porte un nom bilingue de Montreal Academy of Veterinary Medicine. Le système d’alternance à la présidence entre les vétérinaires francophones et anglophones est maintenu.
 
En 1960, les bases de l’Académie sont donc en place pour faire face à cette nouvelle décennie qui va marquer le Québec à tout jamais et en particulier la médecine vétérinaire avec l’arrivée des premières femmes et la passation de l’École vétérinaire du ministère de l’Agriculture à l’Université de Montréal!
 
Dès le départ, l’Académie de médecine vétérinaire de Montréal veut démontrer son dynamisme en invitant de prestigieux conférenciers étrangers. Sous la présidence du Dr Jacques Fradette, une première conférence a lieu le 29 octobre 1959 avec, pour invité, le Dr. J. Archibald, chef de la section des petits animaux à l’O.V.P. de Guelph. La rencontre a lieu à l’Hôtel de LaSalle à Montréal. Le sujet porte sur les affections des voies urinaires, en particulier les hydronéphroses et les lithiases. On présente deux films, un sur la chirurgie d’une lithiase rénale chez un mouton et une autre sur la prostatectomie canine. Pas moins de 37 médecins vétérinaires enthousiastes assistent à cette réunion. Un chiffre incroyable, compte tenu du peu de vétérinaires pratiquant dans le domaine des animaux de compagnie.
 
Encouragé par ce premier succès, le 19 novembre 1959, un deuxième conférencier est invité : le Dr J. Jeremy, diplômé de Zurich et éminent orthopédiste vétérinaire de l’Université de Pennsylvanie. Durant quatre heures, il capte l’attention des 30 vétérinaires présents avec la présentation de techniques spécialisées, mais adaptées aux praticiens. Tout cela dans la langue de Molière. C’est une telle réussite et il y a tant de questions que le tout se termine à 1 h 30 du matin, le 20 novembre!
 
Grâce à l’effort de ces pionniers qui connaissent déjà l’importance de proposer de la formation continue de qualité, l’AMVQ sera en mesure d’offrir, lors des cinquante années suivantes, des milliers de conférences qui permettront aux médecins vétérinaires des petits animaux du Québec de parfaire leurs connaissances et, surtout, de les dépasser au-delà de leur espérance!
 
La cotisation à l’époque est de 5 $ par année et donne le droit d’assister à toutes les réunions en qualité de membre associé. Puis, avec le temps, l’Académie s’intéresse à d’autres sujets reliés à la gestion d’entreprise. Par exemple, en 1964, on décide que le prix d’une consultation devra être de 3 $ pendant les heures d’ouverture et de 5 $ en dehors des heures. La stérilisation d’une chienne débutera à 15 $, celle d’une chatte à 12 $ et la castration d’un chat à  5,20 $.
 
À la fin des années soixante, 17 % des finissants de cette décennie choisiront la pratique des petits animaux. Ce sera peu, mais indicateur d’un grand changement dans les perceptions d’avenir.
 

Les années 70

À quelques mois de la crise d’Octobre, l’Académie de médecine vétérinaire de Montréal s’incorpore et reçoit l'appui officiel de l'Ordre des médecins vétérinaires qui reconnaît officiellement cette dernière comme l’Association qui représente les médecins vétérinaires des petits animaux au Québec. C’est d’ailleurs à l’Académie que le Collège des médecins confie le mandat d’élaborer une définition pour les termes hôpital vétérinaire, clinique vétérinaire et bureau vétérinaire.
 
À l’époque, dans le Journal du collège des médecins, il est écrit que l’Académie veut « favoriser les membres en diminuant les réunions administratives et augmentant le nombre des assemblées scientifiques (…) Nous espérons, avec l’accord établi avec l’Académie de Toronto, augmenter en nombre et en qualité les conférences scientifiques.»
 
Mais les anglophones sont de moins en moins présents au sein de l’Académie et les relations avec l’Académie de Toronto ne se concrétisent pas vraiment. En 1970, on nomme même le Dr James Wong à l’exécutif avec le but avoué de “stimuler l’intérêt des médecins vétérinaires de langue anglaise pour l’Association”. Le nombre des membres se chiffre à 35.
 
Les vétérinaires de Montréal, de l’Île-Jésus, ainsi que ceux travaillant dans une bande de 5 milles bordant ces villes, ont le droit d’être membres de l’Académie. Les autres doivent débourser un montant supplémentaire.
 
On comprend que, dans ces circonstances, d’autres regroupements de vétérinaires qui se sentent un peu mis de côté, voient le jour ailleurs au Québec. C’est ce qui se produit en 1971, lorsque l’Académie de médecine vétérinaire des petits animaux de la région de Québec est créée. Le Dr Roch Côté en est le président, le Dr Robert Lachance, vice-président et le Dr Yves Gosselin, secrétaire. Il y a aussi naissance d’une association des médecins vétérinaires de la Rive-Sud, présidée un certain temps par le Dr Claude Ménard.
 
Parallèlement, les tensions semblent monter entre les vétérinaires anglophones et francophones de Montréal. Normalement, en 1971, le principe de l’alternance veut que la présidence soit occupée par un anglophone, ce qui n’est pas le cas. La faction anglaise démontre son mécontentement et, pour corriger la situation, on décide que, dorénavant, il y aura deux vice-présidents (un anglophone et un francophone) pour seconder le président. Le Dr Malcom Baker est donc nommé vice-président. Malheureusement, en 1974, le Dr Baker consomme la rupture en démissionnant et en indiquant qu’il a l’intention de fonder sa propre association vétérinaire anglophone. On continue à avoir deux vice-présidents jusqu’en 1980, mais les postes sont occupés par des francophones.
 
Parmi les actions de l’Académie dans les années 70, notons la mise en place d’une clinique d’urgence en 1975 sur la rue Jean-Talon. Une sorte de Centre DMV avant l’heure!
 
Le nombre de médecins vétérinaires dans le domaine des animaux de compagnie ne cesse de croître (31 % des finissants choisissent cette option dans les années 70), non seulement à Montréal et Québec, mais un peu partout en province.
 
Il devient donc primordial que l’Académie rassemble tous les vétérinaires. C’est finalement en 1979 que les administrateurs de l’Académie de médecine vétérinaire de Montréal décident d’unifier toutes les forces de la province, en changeant le nom de leur regroupement pour celui d’Académie de médecine vétérinaire du Québec. Les autres noms soumis au vote sont Académie de médecine des petits animaux et Académie de médecine des animaux de compagnie. Une nouvelle structure avec des représentants régionaux est mise en place, un nouveau logo est adopté et de nombreux projets sont mis en route.
 
En 1981, l’Association des médecins vétérinaires de la Rive-Sud se joint à l’AMVQ, mais l’Académie de Québec se fait tirer l’oreille. Une réunion spéciale a lieu la même année afin de trouver une entente. Après d’âpres négociations, il en résulte que l’AMVQ deviendra une fédération d’associations régionales. Dans les faits, les deux seules régions possédant réellement une association sont celles de la ville de Québec et de la Rive-Sud de Montréal. Les vétérinaires doivent être membres de l’AMVQ et de l’association régionale qui organise aussi ses activités. Les vétérinaires de ces régions doivent payer un supplément pour financer ces activités. En 1987, devant la grogne de plusieurs vétérinaires, cette obligation est levée et seule la cotisation de l’AMVQ est exigée. Une période de stabilité s’instaure pour les deux prochaines décennies, ce qui permettra de consolider la structure et les finances de l’AMVQ. Elle pourra s’offrir un secrétariat permanent en 1998 et son propre édifice en 2008.
 
Finalement, pour marquer le 60e anniversaire de la création du premier regroupement de vétérinaires intéressés à la pratique des petits animaux, le 50e anniversaire de la naissance de l’Académie de médecine vétérinaire de Montréal et le 30e anniversaire de l’Académie de médecine vétérinaire du Québec, le conseil d’administration a décidé, en décembre 2009, de conserver l’acronyme de l’AMVQ, mais d’en modifier la signification pour être davantage représentatif de ce que nous sommes vraiment : l’Association des médecins vétérinaires du Québec en pratique des petits animaux.